BÉNIN24 TÉLÉVISION
L'actualité en continu et en temps réel

«C’est le vol qui fait que depuis l’indépendance jusqu’à ce jour, on n’avance pas», dixit John Igué

Professeur de géographie à l’Université nationale du Bénin, actuelle Université d’Abomey-Calavi, ancien doyen de Faculté de cette université de 1978 à 1981, John Igué a été ministre de l’Industrie et des petites et moyennes entreprises entre 1998 et 2001. Passionné par la géographie économique mais aussi par l’histoire de la civilisation yoruba, l’économie informelle et la place de l’Afrique dans la mondialisation, il est à l’origine de la création du Laboratoire d’analyse régionale et d’expertise sociale (LARES), un centre de recherche indépendant basé à Cotonou. A travers cette interview, il renseigne sur le handicap au développement du Bénin depuis 1960.

Quelles sont les actions à poser pour mener le Bénin vers un développement durable ?

John Igué : C’est de ça qu’on parle depuis l’indépendance. Premièrement, qu’il n’y ait plus de vol au niveau du secteur public. La ponction à partir du vol dans les caisses de l’Etat est énorme. Et ce qu’on vole, on ne sait pas ce que les dilapideurs en font. Même s’ils font quelque chose avec, ils investissent dans les secteurs non productifs comme les bâtiments.

Quand vous avez de l’argent et que vous construisez une tour de 10, 20 étages, vous avez tué l’argent. Cet argent est mort dans les briques. Or ceux qui volent l’Etat aujourd’hui, c’est ce qu’ils font avec. S’ils ne construisent pas avec, ils gaspillent cela sur les femmes. C’est ce vol qui fait que depuis l’indépendance jusqu’à ce jour, on n’avance pas. Le vol est trop important. Et le fruit de ce vol, c’est pour améliorer le tissu urbain seulement, pas pour faire le développement.

Entre le franc CFA et la corruption, qu’est-ce qui handicape le plus l’essor de l’Afrique ?

C’est la corruption. Parce que la corruption est généralisée. Or comme je vous l’ai dit, la majorité de l’argent de la corruption est gaspillée. Parce que dépensé dans des secteurs non productifs. On va se promener avec. On augmente le nombre de femmes et de villas. Tout ça n’est pas de la production. C’est pour cela que la corruption est le plus grand mal des sociétés africaines. Comme c’est un phénomène généralisé, on est là-dedans.

Pour montrer que ce n’est pas un phénomène africain, les paradis fiscaux sont créés pour gérer l’argent sale. Quand on parle d’argent sale cela veut dire l’argent volé. Donc la corruption est le plus grand mal. Ce n’est pas le franc CFA. Le franc CFA intervient là-dedans parce qu’il facilite cela. Puisque si vous volez, vous pouvez transférer ça à l’étranger sans contrepartie. C’est là où le franc CFA a des liens avec la corruption. Mais cette dernière constitue le plus grand danger qui pèse sur les pays africains. Entraînant des conséquences catastrophiques.

Pensez-vous que l’Afrique pourra vaincre la corruption, un jour ?

La corruption est liée à un phénomène important : la prise de conscience des citoyens. C’est pour cela qu’on a exigé la démocratie. Ce qu’on espérait de la démocratie n’est pas forcément
Edition spécialEdition spéciale
l’alternance au pouvoir : c’est l’éducation des citoyens. C’est l’Etat de droit. Que chacun ait ses droits. Donc quand il n’y a pas de démocratie, tout est permis. C’est pour cela que la seule manière de régler la corruption c’est que la démocratie devienne effective.

Et que les gens connaissent leurs droits. C’est la démocratie qui permet cela. L’avantage de l’alternance, c’est que ça fait changer à l’intérieur du système de l’Etat les groupes. Et il y rotation des bienfaits de l’Etat. Les bienfaits ne sont plus monopolisés par un clan. Cette rotation permet d’instaurer au niveau de la nation, un minimum de justice qu’on appelle l’équité.

Mais quand c’est un même groupe qui tient le pouvoir tout le temps, il n’y a pas justice ni équité. C’est l’avantage de l’alternance. C’est par là qu’on peut régler tous ces problèmes. C’est pour cela que les pays qui fonctionnent le mieux aujourd’hui, c’est les pays où les citoyens ont une conscience très forte de leurs intérêts. Or c’est le rôle des partis politiques de former des citoyens. C’est en cela que la démocratie devient nécessaire.

Avez-vous une préoccupation particulière à aborder ?

La seule préoccupation que j’ai à aborder c’est concernant la jeunesse. Il faut qu’elle change de comportement, sur beaucoup de points. Premièrement, elle est mal formée. Elle n’est plus intéressée par le travail bien fait. Même quand on veut la former, elle n’est pas intéressée. Les jeunes sont pressés de s’enrichir. C’est le plus grand mal de nos sociétés aujourd’hui.

Donc si j’ai un appel à lancer, c’est en direction de la jeunesse. Qu’elle ne soit plus l’objet de manipulations par toutes les forces qui agissent dans les sociétés africaines. Et ces forces sont multiples. A commencer par les mouvements évangéliques, le fondamentalisme musulman, le fondamentalisme des sectes. Les jeunes ne savent pas là où ils vont. Du coup, ils ne peuvent plus devenir le fer de lance d’un changement qualitatif et durable. Cela est très dangereux. C’est le seul appel que je lance.

Si les jeunes ne se battent pas pour dire que c’est eux les fers de lance et du changement de l’avenir, rien ne se fera dans nos pays. Or, les jeunes aujourd’hui, sont pressés de s’enrichir. Sans se demander si on peut s’enrichir sans travailler. Du coup, ce sont les jeunes qu’on utilise aujourd’hui pour faire de la forfaiture dans nos sociétés. Les jeunes sont dans tous les coups bas de nos sociétés. Nous quand on était jeunes, on n’était pas comme ça. On était mus par des idéaux très élevés. Le travail bien fait, la probité, la fi erté…

Mais aujourd’hui, ce n’est pas le cas de la jeunesse. La jeunesse africaine est en crise profonde. Ce n’est pas de sa faute. Mais à un certain moment elle doit prendre conscience qu’on ne l’a pas bien formée. La preuve, quand nous, on était jeunes, on avait des mouvements estudiantins solides qui veillaient. Mais aujourd’hui il n’y a plus d’organisations de masse représentatives et cultivant des valeurs au niveau des étudiants et de la jeunesse.

Et eux-mêmes ne veulent pas se révolter pur pouvoir défendre leurs intérêts. Ils font le jeu de la facilité. C’est ça le souci que j’ai. Parce que l’avenir d’un pays dépend de sa jeunesse. Et si celle-ci n’est pas consciente, si elle est engagée dans les mauvaises actions, l’avenir est sombre. La question de la jeunesse est préoccupante. Même si l’Etat ne fait rien pour elle, elle-même devrait se battre. C’est ça l’appel que je voudrais lancer.

Entretien réalisé par Nafiou OGOUCHOLA

Rejoignez-nous sur Facebook
Nous sommes aussi sur Twitter
Application Android

Disponible sur Google Play

 

Immobilier Bénin

ACTUALITÉS RÉCENTES

ACTUALITÉS RÉCENTES

ACTUALITÉS À LA UNE

ACTUALITÉS À LA UNE

CAN 2019

CAN 2019

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre adresse email ne sera pas publiée.