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Exploitation de l’enfant au Bénin : le business de Vidomègon se poursuit

Vidomégons, la coutume qui autorise à «placer des enfants auprès d’un tiers, (pour la plupart des petites filles) est devenu un business impliquant parents, démarcheurs et familles d’accueil.

Le phénomène de vidomègon (enfants placés) n’as pas encore dit son dernier mot au Bénin. Dans les grandes villes, un réseau commercial s’anime autour de cette pratique qui viole les droits de l’enfant. Vieille tradition du Bénin, les Vidomègon, sont «les enfants placés auprès de quelqu’un».

Au départ, cette pratique visait à échanger le travail domestique d’un enfant contre son éducation, faisant ainsi miroiter sur fond de misère une possible élévation sociale. Aujourd’hui, ces enfants de familles pauvres envoyés sous le tutorat de familles plus aisées moyennant service domestique désignent des enfants de 5 à 15 ans qui sont loués ou achetés pour de dur et long labeur. Il ne reste de cette pratique que le pur esclavage des enfants, puisque la grande majorité des Vidomègon ne sont même pas scolarisés.

Pire, les parents de ces enfants se livrent à un business qui ne dit pas son nom. Et pour cause : «Les enfants que nous confions auparavant sans contrepartie à de riches familles, faute de pouvoir les nourrir, les loger et leur permettre un accès à l’éducation se retrouvent à récurer la devanture d’un magasin, de la vente ambulante ainsi que des tâches manuelles en tous genres. Après ils retournent au village sans aucun diplôme. C’est une perte totale», laisse entendre Marcelin, père de famille résidant à Adjohoun, au sud du Bénin.

Jadis, il était de coutume que les familles nanties prennent en charge des enfants de leurs parents afin de s’occuper de leur donner une bonne éducation et une formation pour la vie socioprofessionnelle.

«Mon père m’avait confié à un parent éloigné dès l’âge de 7 ans. J’étais au cours primaire. Il m’a gardé et a assumé ma scolarité jusqu’à ce que j’aie le baccalauréat. Après j’ai dû me débrouiller pour l’université car il devait s’occuper de ses propres enfants. J’avoue que je n’ai pas toujours été traitée comme ses enfants. Mais je me sentais comme chez moi. Il n’y avait pas d’exploitation ni maltraitance», a confié Nadège Gandaho, une fonctionnaire d’Etat.

Ce qui était un devoir avec des obligations de résultat est malheureusement devenu un fonds de commerce pour beaucoup, aussi bien pour les professionnels du «placement des enfants» ou encore les trafiquants que pour ceux qui les utilisent à des fins diverses. Une sorte de préceptorat dans les temps anciens, mais qui s’est transformé au fil du temps en un véritable esclavage moderne.

Un véritable business

Ça se passe comme dans l’immobilier. Un marché de propriétaires, de démarcheurs et de locataires. Le coût des enfants placés dépend de l’âge. Les tous petits sont laissés à 8000 FCFA par mois, les adolescents à entre 10.000 FCFA et 12000 Fcfa et les jeunes filles, entre 13000 FCFA et 20000 FCFA le mois. Ces sous ne reviennent pas directement aux enfants qui travaillent souvent au delà de leur capacité. Mais plutôt, sont envoyés aux parents par le biais du démarcheur.

En effet, il y a une personne spécialiste du placement des enfants, qui joue le rôle de démarcheur. Une fois que les deux parties, à savoir le parent et le foyer d’accueil s’entendent, celui-ci prend son bonus chez le foyer d’accueil mais aussi chez le parent en guise de reconnaissance «Lorsque je te trouve un enfant de 8000 FCFA, tu me payes 8000 FCFA. Pour un enfant de 15000 FCFA je prends 15000 FCFA», révèle, un démarcheur d’enfants qui requiert l’anonymat.

Il poursuit : «c’est un contrat entre le foyer d’accueil et les parents. Moi je suis l’intermédiaire. Donc à la fin du mois je dois rendre compte aux parents. Il y a des parents qui ont plusieurs enfants dans ce réseau». Malgré tout ce qu’il gagne dans ce business, celui-ci pense que ce n’est pas un commerce. «C’est juste que je rends service au gens et en échange ils me donnent quelque chose», laisse –t-il entendre.

Marcelin, père de famille résidant à Adjohoun, a quatre filles. Trois d’entre elles sont mises dans ce business qui rapporte quelques ressources financières à la famille.

«J’ai 7 enfants dont 3 garçons et 4 filles. Nous n’avons pas les moyens nécessaires pour satisfaire à tous leurs besoins. Les trois filles travaillent bien c’est pour cela qu’on les a envoyé dans d’autres foyers, histoire d’espérer quelques sous à la fin du mois», indique-t-il.

De l’autre côté, les enfants dans la même situation que les 3 filles de Marcelin constituent de la main d’œuvre moins cher dans les grandes villes et au marché Dantokpa. Anick, propriétaire d’un mini restaurant, a 3 adolescentes à sa disposition. Grace à celles-ci, elle n’a plus de soucis à se faire pour les tâches ménagères et pour faire tourner son restaurant de 5h du matin à 20h du soir sans pause.

«Les 3 filles me coûtent 45000 FCFA chaque fin du mois. Il faut qu’elles travaillent pour qu’on puisse payer leurs parents. C’est toujours comme cela. Dès que les parents trouvent un mari adéquat, ils viennent les reprendre», nous a appris Anick.

Pour elle, il est inconcevable de payer une formation à ces filles dans ces conditions et en plus de la somme que touche les parents à chaque fin du mois. Chose que confirme, Janette, chef coiffeuse : «J’avais pris une fille entre temps. En plus de ce que prenaient les parents, j’ai décidé de lui apprendre la coiffure sans frais de formation. J’ai vraiment été déçu lorsqu’en plein milieu de la formation, les parents sont venus la chercher parce qu’ils lui ont trouvé un mari».

Travail des filles pour financer les études des garçons

«Les garçons ne sont pas fait pour les travaux ménagers ou vente dans les boutiques. Aucun foyer ne voudra d’un enfant garçon, car les filles sont plus adéquates. Car elles peuvent aider les bonnes dame qui vendent à manger, les femmes fonctionnaires et autres. Actuellement j’ai 4 demandes en attente. Deux filles viendront la semaine prochaine et je n’ai pas encore trouvé les deux autres. Mais je vais en trouver car on dirait que certains foyers villageois font beaucoup d’enfants pour enfin les livrer à ce marché», annonce, monsieur x, le démarcheur vivant à Fidjrossè. Cependant, il informe que la plupart des parents préfèrent envoyer les filles pour pouvoir financer les études de leurs frères.

Ainsi, des milliers de petites filles sont livrées à des inconnus pour quelques miettes. Janette avoue, pour sa part, n’avoir jamais rencontré les parents de Ruth : «ils ne sont jamais venus me voir, ne serait-ce que pour prendre des nouvelles de leur fille. Elle m’a été confiée par un intermédiaire», assure-t-elle.

Premières levées, dernières couchées, du ménage matinal …, les vidomègons ont des journées bien remplies : cuisine, vaisselle, lessive, marché. Dans les familles des grandes villes du Bénin où les couples travaillent, le besoin d’une main-d’œuvre pour s’occuper des enfants ou du ménage est de nos jours une nécessité. Et les citadins vont dans les campagnes pour la trouver. Avec quelques billets de banque et quelques cadeaux, le tour est joué par les entremetteurs.

Une législation plus protectrice

Selon l’Unicef, il y aurait un demi-million de vidomègons au Bénin, dont quelque cent mille dans la seule agglomération de Cotonou. Le marché Dantokpa est, de toute évidence, le plus grand demandeur de main-d’œuvre enfantine. Et les commerçantes qui emploient ces enfants non seulement pour vendre leurs produits mais aussi pour les travaux domestiques n’hésitaient pas à leur faire faire des travaux pénibles.

Selon le socio-anthropologue africaniste, Hospice Bienvenu Hounyoton, les pesanteurs sociologiques ont la vie tellement dure qu’il est impossible, du moins difficile de lutter contre le placement des enfants à des fins domestiques.

«C’est au niveau du phénomène qu’on a toutes les dérives avec pour socle la question de la pauvreté et de l’extrême pauvreté», laisse-t-il entendre. Au Bénin, la loi interdit de faire travailler tout enfant de moins de 14 ans.

Manifestement, le durcissement de la législation sur les déplacements des enfants et les nombreuses campagnes de sensibilisation sur les droits des enfants ne semblent pas assez pour finir avec le phénomène.

Par Félicienne HOUESSOU

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