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«Le président Gbagbo va rentrer en Côte d’Ivoire» a dit Bernard Houdin sur France 24

Bernard Houdin, conseiller spécial de l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, depuis 2007 et auteur du livre, ”Gbagbo, un homme, un destin”, publié aux éditions Max Milo était l’invité du journal Afrique de France 24, mercredi 13 février 2019. Dans l’entretien, M. Houdin, revient sur l’acquittement de l’ex-chef de l’État ivoirien et le rôle qu’il peut jouer pour la réconciliation dès son retour en Côte d’Ivoire.

Vous avez parlé à l’ex-président Laurent Gbagbo, quel est son état d’esprit ?

J’ai parlé un petit peu avec le président mais son état d’esprit est le même que celui que j’ai connu lorsque je suis allé le voir pour la première fois le 20 décembre 2011. Les dernières fois que je l’ai vu à la prison, on savait, l’un et l’autre, qu’on allait vers l’acquittement. Le dossier le démontrait largement. C’est un homme résilient, serein, qui est surtout attaché à l’évolution pacifique et à la réconciliation de son pays. C’est une chose très importante que les uns et les autres doivent avoir en tête à tout moment.

Dans votre livre, vous pointez du doigt une procédure défaillante. Vous dénoncez également le transfert de Laurent Gbagbo à Cpi, vous parlez aussi de la connivence de l’époque entre le procureur de l’époque l’argentin Ocampo et l’actuel président Alassane Ouattara en vous référant à une enquête de Médiapart. Comment décriez-vous cette procédure aujourd’hui ?

Mais, ce procès n’aurait jamais dû avoir lieu. Ce que je décris dans mon livre, Médiapart en a parlé en partie. Mais, moi je décris plus parce que je révèle un certain nombre d’images qui n’étaient pas connues et qui démontrent le montage total de cette affaire à la fois dans le transfert du président et dans le montage du dossier d’accusation que la juge belge, en 2013, avait déjà dénoncé. L’acquittement est le prolongement naturel de ce montage qui n’était pas efficient et qui devait aboutir qu’à ça.

Que signifie justement cet acquittement pour la Cour pénale internationale ? Est-ce que c’est un échec ou une victoire ?

Je ne vais pas me contredire. Je disais il y a quelques années que si Gbagbo est libéré par la Cpi, ça sera une forme de naissance de la Cour pénale, s’ils veulent le maintenir en prison, ça sera une mort de la Cour pénale. Aujourd’hui, Laurent Gbagbo a été acquitté, lavé de tout soupçon, son honneur est reconstitué et je peux dire la Cour pénale, c’est-à-dire, le corps des juges, a jugé en droit.

Le bureau du procureur a fait un mauvais dossier parce que ce qu’on voulait reprocher à Gbagbo n’existait pas. Il y a eu des morts dans ce conflit et comme dans toutes les guerres, des morts de tous les côtés dont les plus documentés ont été du côté de Ouattara, c’était évident. Et qu’aujourd’hui, la Cour dise le droit, c’est très important parce que ça démontre que s’il se passe encore d’autres événements, on aura une cour de justice qui pourra dire le droit et qui sera la cour de tout le monde.
L’entêtement du procureur a failli tuer la cour.

Vous êtes un proche de Laurent Gbagbo, est-ce qu’il compte rentrer au pays et surtout est-ce qu’il compte revenir en politique ? Est-ce qu’il pense, par exemple, en 2020, à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire ?

Le président a été acquitté, on va purger le problème de l’appel très rapidement et le président va rentrer en Côte d’Ivoire tout naturellement. L’article 22 de la Constitution ivoirienne dit qu’aucun ivoirien ne peut être contraint à l’exil. Le pays de Laurent Gbagbo, c’est la Côte d’Ivoire, là où il a sa vie. C’est là où il a grandi, c’est là où il a travaillé, c’est là où il a été président. Il rentrera tout naturellement. Je pense que ça sera pour le bien du développement du pays. Le vrai choix du président Gbagbo, c’est l’intérêt général de la Côte d’Ivoire. Aucun acte qu’il posera dans le futur ne sera en dehors de cette volonté.

Justement comment pourra-t-il convaincre les victimes de la crise post-électorale qui, finalement n’auront pas obtenu réparation puisqu’il y a acquittement dans ce procès et comment compte-t-il parvenir à cette réconciliation dont vous parliez au début ?

J’ai toujours moi même parlé aux pro-Gbagbo, que j’ai visités dans le monde par rapport à mes activités que j’ai déployées depuis 2011, en leur disant que la plus grande épreuve à venir, c’est celle de la réconciliation. La réconciliation, c’est serrer la main des bourreaux des parents morts et des deux côtés. C’est la seule chose qui permettra aux gens de se retrouver dans un pays qui voudra vivre ensemble.

On a l’exemple sud africain qui est très fort. Les gens se sont réconciliés, si non c’était un bain de sang de différentes communautés qui faisait l’Afrique du sud. Et demain en Côte d’Ivoire, il faut que les uns et les autres, dans le respect des ethnies, des sentiments religieux des uns ou des autres, se réconcilient. C’est la seule façon pour sortir de ça. En France, en Europe, on se réconcilie après les guerres. La France et l’Angleterre, la France et l’Allemagne, etc. il y a eu des millions de victimes.

Pour vous, Laurent Gbagbo n’est pas un obstacle à la réconciliation ?

Laurent Gbagbo est le cœur de la réconciliation.

 

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